Compte de résultat : exercices corrigés
Au programme du BTS CG — E5 Étude de cas et DCG — UE9 Comptabilité.
Trois niveaux, et un résultat net qui ne dit pas tout
Le compte de résultat récapitule l’activité d’un exercice : les produits d’un côté, les charges de l’autre, la différence en bas. Mais il ne les empile pas en vrac — il les range en trois niveaux, et c’est ce classement qui fait tout l’intérêt du document.
- L’exploitation : le métier de l’entreprise. Ventes, achats, personnel, loyers, dotations aux amortissements. C’est le niveau qui dit si l’activité est rentable en elle-même.
- Le financier : le coût de l’argent. Intérêts d’emprunt d’un côté, revenus de placements de l’autre. Il mesure le poids de la structure de financement, pas la performance commerciale.
- L’exceptionnel : ce qui ne se reproduira pas. Une cession d’immobilisation, une amende, un dégrèvement. Par construction, il ne doit pas servir à juger une année.
Deux soldes intermédiaires en découlent : le résultat courant avant impôts (exploitation + financier), qui est la vraie mesure de la performance récurrente, et le résultat exceptionnel, isolé à dessein. Le résultat net les additionne et retranche l’impôt.
D’où la conséquence qu’il faut avoir en tête tout au long de ces exercices : un poste mal classé ne se voit pas sur le résultat net. Il fausse seulement le diagnostic — ce qui est bien pire, parce que rien ne le signale.
Exercice 1 — Construire le compte de résultat (SARL LAVERNE)
La SARL LAVERNE, entreprise commerciale, vous communique les soldes de ses comptes de gestion au 31/12/N. Le stock de marchandises est passé de 46 000,00 € à l’ouverture à 60 000,00 € à la clôture.
| Compte | Intitulé | Solde |
|---|---|---|
| 707 | Ventes de marchandises | 480 000,00 € |
| 708 | Produits des activités annexes | 12 000,00 € |
| 781 | Reprises sur amortissements et provisions (exploitation) | 5 000,00 € |
| 764 | Revenus des valeurs mobilières de placement | 3 000,00 € |
| 775 | Produits des cessions d’éléments d’actif | 18 000,00 € |
| 607 | Achats de marchandises | 290 000,00 € |
| 613 | Locations | 24 000,00 € |
| 615 | Entretien et réparations | 8 000,00 € |
| 641 | Rémunérations du personnel | 96 000,00 € |
| 645 | Charges de sécurité sociale et de prévoyance | 38 000,00 € |
| 6811 | Dotations aux amortissements (exploitation) | 22 000,00 € |
| 661 | Charges d’intérêts | 6 000,00 € |
| 675 | Valeur comptable des éléments d’actif cédés | 11 000,00 € |
| 695 | Impôt sur les bénéfices | 9 000,00 € |
Travail à faire
- Calculer la variation des stocks de marchandises et le coût d’achat des marchandises vendues.
- Présenter le compte de résultat en faisant apparaître les trois niveaux et les soldes intermédiaires.
- Vérifier le résultat net par les totaux.
Corrigé de l’exercice 1
La variation des stocks se calcule stock initial moins stock final : 46 000,00 − 60 000,00 = − 14 000,00 €. Le signe est négatif, et c’est normal : le stock a augmenté, donc une partie des achats n’a pas été vendue et ne doit pas peser sur le résultat de l’année. Le coût d’achat des marchandises vendues s’établit à 290 000,00 − 14 000,00 = 276 000,00 €.
| Niveau | Produits | Charges | Solde |
|---|---|---|---|
| Ventes de marchandises | 480 000,00 € | ||
| Produits des activités annexes | 12 000,00 € | ||
| Reprises sur amortissements et provisions | 5 000,00 € | ||
| Coût d’achat des marchandises vendues | 276 000,00 € | ||
| Autres charges externes (613 et 615) | 32 000,00 € | ||
| Charges de personnel (641 et 645) | 134 000,00 € | ||
| Dotations aux amortissements | 22 000,00 € | ||
| Exploitation | 497 000,00 € | 464 000,00 € | + 33 000,00 € |
| Financier | 3 000,00 € | 6 000,00 € | − 3 000,00 € |
| Résultat courant avant impôts | + 30 000,00 € | ||
| Exceptionnel | 18 000,00 € | 11 000,00 € | + 7 000,00 € |
| Résultat avant impôt | 37 000,00 € | ||
| Impôt sur les bénéfices | 9 000,00 € | ||
| Résultat net de l’exercice | + 28 000,00 € |
Le contrôle par les totaux confirme : 518 000,00 € de produits contre 490 000,00 € de charges, impôt compris, soit 28 000,00 €. Il vaut la peine d’être fait systématiquement — il attrape toute charge oubliée ou comptée deux fois, ce que la lecture niveau par niveau ne garantit pas.
Deux remarques de lecture. La cession relève de l’exceptionnel en deux lignes : le prix de cession en produit (775) et la valeur comptable du bien en charge (675). La plus-value de 7 000,00 € n’apparaît nulle part telle quelle, elle se déduit. Et le résultat courant de 30 000,00 € est le chiffre à retenir pour juger l’année : sur les 28 000,00 € de résultat net, un quart provient d’une cession qui ne se répétera pas.
Exercice 2 — Trois postes mal classés (SAS DELMAS)
Un stagiaire a présenté le compte de résultat suivant pour la SAS DELMAS.
| Rubrique | Montant |
|---|---|
| Produits d’exploitation : ventes 620 000,00 € + produit de cession d’une machine 25 000,00 € + reprise sur provision d’exploitation 4 000,00 € | 649 000,00 € |
| Charges d’exploitation : achats consommés 340 000,00 € + charges de personnel 180 000,00 € + dotations 30 000,00 € + intérêts d’emprunt 18 000,00 € + valeur comptable de la machine cédée 16 000,00 € | 584 000,00 € |
| Résultat d’exploitation | 65 000,00 € |
| Produits financiers | 2 000,00 € |
| Résultat courant avant impôts | 67 000,00 € |
| Impôt sur les bénéfices | 17 000,00 € |
| Résultat net | 50 000,00 € |
Travail à faire
- Identifier les postes mal classés et indiquer leur niveau correct.
- Reconstruire le compte de résultat par niveaux.
- Comparer les deux présentations et conclure sur ce qui change réellement.
Corrigé de l’exercice 2
Trois postes sont au mauvais niveau. Le produit de cession de 25 000,00 € et la valeur comptable de la machine, 16 000,00 €, relèvent de l’exceptionnel : une cession n’est pas une opération d’exploitation. Les intérêts d’emprunt, 18 000,00 €, relèvent du financier : ils rémunèrent un financement, pas une consommation d’exploitation. La reprise sur provision d’exploitation, elle, était bien placée.
| Niveau | Présentation du stagiaire | Présentation correcte |
|---|---|---|
| Résultat d’exploitation | 65 000,00 € | 74 000,00 € |
| Résultat financier | + 2 000,00 € | − 16 000,00 € |
| Résultat courant avant impôts | 67 000,00 € | 58 000,00 € |
| Résultat exceptionnel | 0,00 € | + 9 000,00 € |
| Impôt sur les bénéfices | 17 000,00 € | 17 000,00 € |
| Résultat net | 50 000,00 € | 50 000,00 € |
Le détail du calcul corrigé : l’exploitation retient 624 000,00 € de produits (620 000 + 4 000) contre 550 000,00 € de charges (340 000 + 180 000 + 30 000), soit 74 000,00 €. Le financier oppose 2 000,00 € de produits à 18 000,00 € d’intérêts, soit − 16 000,00 €. L’exceptionnel confronte le prix de cession de 25 000,00 € à la valeur comptable de 16 000,00 €, soit + 9 000,00 €.
Ce qui change, et ce qui ne change pas. Le résultat net reste identique : 50 000,00 €. C’est mathématiquement inévitable — déplacer une charge d’un niveau à l’autre ne la fait pas disparaître. En revanche le diagnostic est bouleversé. L’exploitation ne rapporte pas 65 000,00 € mais 74 000,00 € : le métier est plus rentable que ne le disait la première version. Et l’entreprise supporte un endettement coûteux, − 16 000,00 € au niveau financier, que la présentation initiale dissimulait entièrement.
Enfin, l’écart entre les deux résultats courants — 67 000,00 − 58 000,00 = 9 000,00 € — vaut exactement le résultat exceptionnel. Ce n’est pas un hasard : le stagiaire avait fait remonter une plus-value non récurrente dans la performance courante, ce qui est précisément l’erreur d’analyse que le classement en trois niveaux existe pour empêcher.
Les erreurs qui coûtent le plus de points
Se tromper de sens sur la variation de stock. Elle vaut stock initial − stock final. Un stock qui augmente donne une variation négative, qui vient en diminution des charges. L’inverse fausse le résultat d’exploitation de deux fois la variation.
Comptabiliser la plus-value de cession en une seule ligne. Le compte de résultat enregistre le prix de cession en produit et la valeur comptable en charge, séparément. La plus-value est un solde, pas un poste.
Laisser les intérêts d’emprunt en exploitation. C’est l’erreur qui embellit le plus le diagnostic : elle transforme un problème de financement en performance commerciale.
Juger l’année sur le résultat net. Un net flatteur peut reposer sur une cession, un exceptionnel isolé ou un dégrèvement. Le chiffre à commenter est le résultat courant avant impôts.
🔑 Ce qu’il faut retenir : le classement ne change jamais le résultat net, seulement ce qu’on peut en dire. C’est pour cela qu’une erreur de niveau est silencieuse — et qu’il faut la chercher poste par poste, jamais en contrôlant le bas du document.